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Aufwachen. — Éphialtès

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Éphialtès
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❝ Tu n'as pas de rang ❞



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Message Sujet: Aufwachen. — Éphialtès Lun 2 Juil 2018 - 22:27


" Klopf klopf, lass mich rein
Lass mich dein Geheimnis sein "

Éphialtès
 Mori Ougai ©️ Bungou Stray Dogs


Nom : EBERHART

Prénom : Théodore Amadeus Wolfang

Nom de démon : Éphialtès, le Croquemitaine

Date de Naissance : 6 Décembre 1531

Âge : 358 ans / Paraît une bonne quarantaine.

Origine : Munich, Allemagne / Partie Nord de Luxuria

Sexe : Masculin

Race : Démon

Groupe : Démons

Rôle : Noble / Mécène / Esthète / Collectionneur

Sexualité : De tout, rarement.

Le Caractère

Eh, vieil homme !
Regarde-moi brûler.


…Tu l’aimais tellement, cette phrase.

Elle te faisait rire, pas vrai ? Tu aimais ça, voir cette femme aux airs de gamine encore, te courir après comme une enfant trop turbulente en te déclamant de telles absurdités. Et le pire, c’est qu’elle y croyait, cette femme-là, et qu’elle y croit encore. Je sais que tu aimais ça. Tu adorais être vu, remarqué, adulé. Mes sentiments envers ta personne allaient bien au-dessus de cela. Je t’adorais Théodore, et je t’aime encore. Et je sais que cela flatterait ton ego de le savoir, si seulement tu étais encore en mesure de penser. Si seulement la mort… n’avait pas tout emporté de toi.

Enfin, pas tout tu sais. Il reste ton domaine, ce domaine dont tu tirais tant de fierté. Je sais que tu me l’as légué, mais Helge s’en occupe désormais, je suis désolée. Ce manoir était ta fierté, ton héritage, mais tu es mort dedans et ton souvenir était bien trop douloureux à supporter.


Et oui, vieil homme. Au final la mort n’a pas tout emporté. Je pouvais encore entendre tes rires en passant à côté de ton bureau, comme ces fois où ton humour plus qu’impénétrable pour moi semblait se réveiller. Il faut dire qu’entendre un rire sincère émaner de toi, Théodore, ce n’était pas quelque chose de courant. Tu étais si sérieux. Si grave, toujours, malgré ce sourire constant, un peu déstabilisant que tu affichais constamment. Si tu souriais, tu n’étais jamais vraiment ravi ou amusé. Du moins… pas devant les gens que tu croisais tous les jours. Aucun être de chair n’aurait suffi à faire ton bonheur. Pas même moi…

Il m’a fallu du temps pour l’accepter, tu sais. Que ton amour de l’art et de l’esthétique l’emporterait toujours sur la vie. Que la mort pourrait te sembler être la plus belle des amantes si cette dernière revêtait les parures qui te faisaient rêver. Le morbide n’existait pas avec toi ; seule restait la laideur, ou la beauté. Tu avais un don pour trouver cette dernière dans des choses incongrues. Les gens bien ne te comprenaient pas. Je n’étais pas comme eux. C’est peut-être pour cela, que tu m’as fait le cadeau de pouvoir rester si longtemps à tes côtés…

Superficiel ? Oui, tu l’étais, aux occasions les moins propices. Méticuleux jusqu’à l’extrême, parfois maniaque au point de vouloir tout contrôler. Tout devait être parfait. Les formes, les couleurs, les textures, les goûts, le déroulement d’une soirée, les gens que tu croisais, et puis les mots, ta façon de te présenter au monde, de présenter ceux que tu prenais sous ton aile. J’ai tellement souffert pour plaire à tes caprices, t’en es-tu jamais inquiété ? Je sais que non. Je sais que tu ne t’en souciais pas, que l’idée même que je puisse souffrir pour plaire à tes beaux yeux ne t’as jamais dérangée. Bien sûr que j’avais mal, tu les voyais les marques laissées. Pourtant tu souriais seulement, avant de resserrer un peu plus le corset tant que c’était encore possible.

Oui. Tu étais comme ça, mais je ne t’en ai jamais voulu, je t’ai toujours pardonné. L’idée même de me rebeller face à tes injonctions étranges ne m’est jamais venu à l’esprit. Je ne sais pas d’où venait une telle déférence à ton égard, car jamais je n’avais été ainsi face à aucun autre. Il faut croire que ce dévouement t’était tout particulier. Je sais que tu en avais conscience, car malgré ton égocentrisme incroyable, tu avais pris le temps de me connaitre mieux que moi-même. Je ne sais pas si me faire parler servait à l’un de tes fantasmes esthétiques, ou bien si tu étais réellement intéressé. J’ai toujours été réservée concernant ma propre existence, mais tu as brisé toutes mes barrières avec une facilité déconcertante. Tu étais comme ça. Si persuasif lorsque tu t’en donnais la peine. Je te voyais parler aux autres, les convaincre, les manipuler avec une dextérité qui m’a toujours fascinée. J’étais consciente que cette toile, j’y étais moi aussi empêtrée. Mais cela ne me dérangeait pas. Car, contrairement à eux, j’avais le privilège de toujours être à tes côtés. Celui de profiter de ton étreinte, celui de voir mes larmes et mes angoisses effacées par ta main. Alors je pouvais vivre avec cela.

Tu savais parfaitement à quel point je t’aimais.


Tu étais un paradoxe, Théodore. Narcissique au possible, mais toujours à l’affut des réactions des autres, de leurs émotions. Avide de les faire parler, de décortiquer leur psyché jusqu’à ce que le labyrinthe n’ait plus aucun secret pour toi. Obsédé par ce besoin, tu voulais tout contrôler. Mon vocabulaire, mes manières, mes connaissances, mes actions, ma façon de voir le monde et de l’appréhender. Et cette tare t’empêchait d’être heureux, mais cela tu ne t’en rendais pas compte, car j’ai beau avoir essayé, je ne pense pas que tu étais un être fait pour connaitre le bonheur, vieil homme. Trop cynique, obnubilé par cette esthétique sacralisée, et ton besoin absolu de connaissances…

Tu étais si érudit. Je t’admirais pour cela. Tu semblais tout savoir, et lorsqu’un sujet t’échappais, tu étais capable de remuer ciel et terre pour te procurer les ouvrages nécessaires à ton apprentissage. Il me semblait incroyable que tu puisses posséder autant de connaissances et toujours t’y retrouver. Tu comprenais des dialectes si éloignés du tien, des cultures qui me semblaient être à des années lumières de ma compréhension. Et je suis certaine que tu retirais une certaine fierté de me faire partager tout cela.

J’aimais tellement ces moments à tes côtés. Tu étais si calme alors, enfin, du moment où je comprenais immédiatement où tu voulais en venir. Si une notion avait le malheur de m’échapper, alors ton regard se figeait et il me fallait faire mille efforts pour regagner ton sourire. Angoisse constante… pourtant je les attendais toujours avec la même envie.


Tu étais cruel, Théodore. Lorsque ceux que tu prenais à tes côtés te déplaisaient ou ne s’inclinaient pas assez, alors tu étais capable de développer des trésors d’infamie afin de nous le faire regretter. Tes silences intenables, ton regard méprisant, jamais tu ne m’as frappée, mais j’aurais mille fois préféré. Tu rouvrais mes cicatrices jusqu’à me faire craquer. Et je te pardonnais à chaque fois…


Heureux étaient ceux qui ne voyaient que le visage que tu aimais à montrer au monde. Théodore le sage, l’érudit, l’esthète et le mécène, toutes ces appellations ne sont pas mensonges pour te qualifier, cependant, il en manquerait tant d’autres encore pour te compléter. Fourbe et joueur, comme un chat cruel, maniaque, possessif avec tout ce que tu estimais posséder. Mais ceux qui te connaissaient bien pardonnaient aisément tous tes défauts, quand bien même ces derniers eussent mené d’autres que moi à leur perte, comme Helge l’a un jour suggéré. Parce qu’il faut bien l’admettre, Théodore, tu te montrais si aimable après le blizzard, si attentionné et juste que l’on était tenté de tourner la page et d’oublier.

Et c’est ce que j’ai fait pendant tout ce temps.
Et je ne le regrette pas.


Je pourrais utiliser encore mille mots pour te qualifier, mais aucun ne serait à la hauteur de cette chaleur qui m’étreignait au moindre de tes sourires, à chaque étreinte. Je n’ai jamais compris si ces dernières étaient encore un fruit de ta manipulation ou une simple bonté, mais j’aime à écarter la première hypothèse. Est-ce réellement important, maintenant que tu es parti ?


J’ai déposé une couronne de lilas sur ta tombe, et puis je n’y suis jamais retournée. Tu m’as rendue incapable de te laisser aller.



Le Physique


I know where you stand, silent in the trees
And that’s where I am. Silent in the trees.


Regarde-moi.
Regarde-moi, putain.

J’ai passé des jours et des nuits à t’observer. Toi, ton sourire, la forme de ton visage, un peu ovale, et ce menton, plus effilé, la ligne de la barbe parfois un peu discrète mais que tu ne laisses jamais pousser. Elle s’arrête juste en dessous de tes pommettes, si proéminentes qu’il me semble parfois que je pourrais m’entailler la paume en les effleurant seulement. J’ai l’impression que je pourrais m’y ouvrir les veines, sur cette ligne-là. Est-ce que tu aimerais ça ? Me voir me vider de mon propre sang après m’être brûlée les ailes à trop t’approcher ? Oh, certainement… pourtant je sais que tu serais en colère, parce que mon sang trop rouge irait tacher ta foutue chemise ridiculement bien taillée.

J’ai passé des heures à me noyer dans ton regard, si rouge, un peu violet parfois, tout autour de la pupille toujours constante. Arabesques améthyste qui entourent l’abysse, et puis c’est un peu d’orange qui fleurit au coin du lilas, traçant dans le rouge de tes prunelles une dentelle hypnotique. Je n’ai jamais compris comment un être pouvait être doté d’un regard aussi beau. Mais je sais que ce regard, il lui suffisait de se poser sur moi pour me faire taire. Me faire cesser mes divagations ou mes pleurs, pour seulement rester immobile, à t’écouter, toi et ta voix ridiculement douce et posée, et tes yeux si fascinants.

Et ton sourire. Dieu, ton sourire. Ton sourire tellement étrange qui me rend chose, discret, parfois trop large et instable lorsque tu penses que personne n’est là à te regarder. Tes lèvres, fines, gelées, que tu humectes pensivement lorsque quelque chose semble te tracasser.

Je le connais par cœur, ton visage. Mieux que mes propres traits ou bien ceux de mon frère, je connais tous, chaque recoin, la forme de tes oreilles petites et légèrement décollées, la texture de ta peau si pâle en temps normaux et qui reste blanche au contact du soleil. Je connais la texture de tes cheveux sombres, un peu longs, mais toujours parfaitement coiffés, et cette mèche un peu rebelle, familière, avec laquelle tu joues du bout des doigts lorsque tu te fais pensif. Je connais les ridules aux coins de tes yeux, la fossette sur ta joue droite, les tics discrets mais que tu n’arrives jamais à effacer ; ce froncement de sourcils lorsque tu réfléchis trop intensément, tes mains qui se tordent lorsque tu es agacé…

… tes mains. Mon dieu, tes mains. Tes paumes si douces, comme si elles n’avaient jamais connu le travail, ces paumes que je méprisais tellement la première fois que nous nous sommes rencontrés. Si familières pourtant, lorsqu’elles caressaient ma joue, avec une douceur que jamais je n’aurais pu espérer venant de ta part. Ta paume, et puis tes doigts, si fins, longs, gracieux, courant avec habilité sur le piano ou ma peau, tes doigts si méticuleux ornés d’une chevalière et d’une pierre d’un rouge presque aussi hypnotisant que ton propre regard.


Si tu savais comme j’aimais ce corps familier. Ta taille, un peu osseuse il est vrai, comme si malgré le faste dans lequel tu vivais, tu ne mangeais jamais vraiment à ta faim. Tes bras, fins eux aussi, jamais faits pour la guerre ou le travail, et tes jambes, interminables et si maigres elles aussi. Tu m’inquiétais lorsque je te voyais ainsi, tu le sais ça ? Mais c’est ainsi qu’est ta physionomie selon toi, alors qu’importe si celle-ci paraît un peu faible ou pas assez masculine. Ton idée de l’élégance passe par la finesse, et tu appliques ce mot à tous les sens du terme. Sais-tu seulement combien de fois j’ai manqué de m’évanouir ou de m’étouffer, après que tu aies tant serré mon corset ?...

Si tu savais comme j’aimais ton corps familier. Malgré tout, les défauts qu’on aurait pu y trouver, la fragilité apparente, ses imperfections. La cicatrice parfaitement rectiligne sous ta clavicule, et celles, plus larges, qui barraient ton dos comme si on t’avait battu par le passé. Je n’ai jamais osé t’en demander l’origine. Tu ne m’en as jamais laissé l’occasion.

Malgré ce que l’on aurait pu penser, tu étais loin d’être faible, je le sais ça. Il en fallait de la force pour me soulever et me ramener dans ma chambre, quand je m’endormais n’importe où mais pas entre quatre murs cloisonnés. Il en fallait de la force pour me retenir lorsque je voulais m’en aller, me clouer au lit le temps que je me fatigue et laisse le sommeil et les cauchemars m’emporter. Je me souviens encore, ta silhouette me surplombant, ton sourire trop doux alors que mes poignets me faisaient mal, ton sourire tendre, ma taille douloureuse à force d’avoir été comprimée. Tous ces paradoxes. Et pourtant j’aimais tellement l’idée de toi.

Ton étreinte, si tendre malgré tes mains toujours froides, même en été, la façon dont tu t’asseyais pour que je puisse te rejoindre et me lover contre toi. Tes caresses, étrangement méticuleuses quelquefois lorsque, n’y tenant plus, tu te mettais à démêler mes cheveux gonflés de nœuds. Et ta voix, toujours cette même voix tant aimée, chuchotant à mon oreille des paroles réconfortantes, du moins je le pense, qu’il me serait impossible d’oublier. Mais elle me faisait si peur ta voix lorsque ton étreinte commençait à se resserrer, et qu’alors tes lèvres frôlaient mon front, mes lèvres, ma joue dans un simulacre de baiser. Et tes mots…

(Brennst.
… Aufwachen.
)


Reviens-moi...




….
I can feel your breath
I can feel my death.





L' Histoire

Je me souviendrais toujours de la première fois où nous nous sommes rencontrés, tu sais.

Ce qui m'a frappé la toute première fois, c'est ton regard. Sur le moment, ainsi allongée dans ce lit ridiculement grand pour un seul être humain, alors que mon corps infecté et fiévreux luttait pour me garder en vie et que chaque mouvement me faisait l'effet d'une nouvelle fracture sous ma peau, j'ai cru entrevoir la mort.

Tu ne souriais pas ; tu n'avais rien de l'hôte accueillant et altruiste que l'on m'avait décrit. À te voir ainsi, immobile au pas de la porte en chêne sculpté, j'ai eu le sentiment de n'être qu'une nuisance de plus à tes yeux, et à juste titre, car après tout, j'étais atterrie sur ta propriété comme l'un de ces nuisibles sauvages qui cherchent la quiétude d'une propriété hors de la civilisation pour s'épanouir ou disparaître.


La première image que j'ai eu de toi, à bien y penser, c'est cette demeure immense que je voyais se dresser dans la nuit, à travers les arbres qui protégeaient à peine mon corps branlant du froid extérieur. J'avais marché des jours durant, malade et sans argent, une pauvresse de plus dans les rues Allemandes, une gamine qui rêvait d'aventures et avait fini projetée dans le monde des adultes, le monde réel, celui qui te fous une claque et dans lequel les gens meurent pour de vrai. J'avais marché des mois, deux années durant avant cela, j'avais vu des pays gelés et superbes, grimpé le long des cîmes de Scandinavie, parcouru l'Europe pour finalement atterrir dans cette forêt qui longeait une propriété aussi grande que le quartier dans lequel j'avais passé mon enfance. J'avais survécu aux hivers et aux blessures pour finalement m'écrouler sous le saule tout près du filet d'eau qui bordait le potager, et puis j'avais fermé les yeux et j'avais simplement attendu la mort.

Et cette dernière n'était pas venue, car selon les dires d'Helge, le vieux majordome qui se trouvait avec toi ce matin-là, tu m'avais découverte aux premières heures de l'aube et avait immédiatement fait venir un médecin pour panser mes blessures. Sans que je ne sache pourquoi, car jamais, après ça, tu ne m'as demandé réparation. Un acte de bonté...


Du moins c'est ce que ton servant m'a dit, lorsque j'ai ouvert les yeux trois jours plus tard. Le corps couvert de bandages, la crasse partie, une seringue dans le bras pour aider mon corps à survivre et se battre, et le ventre plein, pour la première fois depuis... Si longtemps... A bien y penser, je pense qu'avant toi, je n'avais jamais connu cette sensation de satiété.


Mais je m'égard. Je parlais de ton absence de sourire, et de ce masque de Thanatos que tu portais la première fois que je t'ai aperçu. Tu parlais avec le vieil original qui te servait de médecin, dans une langue que je ne comprenais pas complètement autrefois. L'allemand, c'était quelques mots dans un cahier, trois saluts griffonnés sur le bras, un accent un peu rauque, une grammaire structurée qui m'échappait encore. Je n'avais jamais trouvé cette langue belle, pour être honnête. Pourtant, lorsque ta voix, étrangement douce, suave et posée pour un homme arborant une expression telle que la tienne, est parvenue jusqu'à mes oreilles, je me suis surprise à comprendre pourquoi les gens de la haute aimaient tant y déclamer leurs opéras.


Après ce premier contact un peu étrange, tu as congédié le médecin et tu t'es avancé à mon chevet. Tes mouvements lents, mais pas dénués de grâce. Tu avançais avec une prestance certaine, un maintient noble qui avait pour moi tout d'impressionnant. Voyant tes mains blanches se saisir du fauteuil pour l'approcher, je me suis dit que jamais tu n'avais dû connaître le travail, toi, que tu n'avais jamais trimé pour ta vie comme moi je l'avais fait, et à ce moment là, il est vrai que je t'ai un peu méprisé, l'espace d'un instant.

Toi : Jeg er Théodore. Théodore Eberhart. Du er Dansk, ja ?

Ces premiers mots adressés à mon égard eurent sur moi l'effet d'un choc électrique. Tu parlais ma langue, certes avec cet accent un peu rauque qui t'étais propre, mais d'une façon fluide, sans accrocs, si bien que je n'avais aucun mal à te comprendre. Tu as dû comprendre mon regard atterré, car tu as porté la main aux poches de ton costume pour en sortir un carnet en cuir minuscule, usé par le voyage, le carnet dans lequel je m'étais confiée et j'avais raconté mes périples et mes incertitudes parfois pendant les deux dernières années. J'ai rougis. Tu as déposé le carnet à mes côtés en riant. Ton rire était doux et chaleureux, et il m'a immédiatement rassurée malgré cette première impression dangereuse que j'avais eu de toi.

Toi : Enchanté, "Joah".

Et c'est ainsi que tout a commencé.



-



Tu sais, Théodore, je n'ai jamais compris pourquoi tu as décidé de me garder, après ça. Je n'ai jamais compris non plus pourquoi je n'ai pas ressenti l'envie de partir une fois remise, car mes années d'errances m'avaient rendue encore plus sauvage que je ne l'étais déjà au commencement. Pourtant, face à toi, tout cela fini par s'adoucir et je suis restée à tes côtés. Jusqu'à ce que ta mort nous répare.


J'ai passé mes premières semaines en ta demeure à voyager entre ma chambre toujours trop grande, et la bibliothèque lorsque j'étais assez en forme pour que l'on me déplace. Souvent, en début de soirée ou bien tard dans la nuit, je t'entendais toquer à la porte, figure patiente qui n'aurait jamais ouvert si je ne t'y avais pas invité. Une fois ton travail achevé, tu te rendais parmi les livres et venait à sélectionner quelques ouvrages, et puis tu venais t'asseoir à mon chevet pour me les apporter et me faire perfectionner mon allemand expérimental. J'en ai lu, du Goethe, aidé par toi, et les contes de Grimm qui furent l'objet d'interminables leçons de grammaire. Je ne comprenais pas pourquoi tu faisais un tel effort, chaque jour sans y manquer, alors que je n'étais pas la plus douée des élèves dont on aurait pu rêver ; pourtant, j'avais soif d'apprendre.

Au fil des semaines, mes plaies ont cicatrisées et tu as définitivement congédié le médecin, envoyant souvent Helge s'assurer que ma rémission continuait sans accrocs, jusqu'à ce que ce dernier ne déclare que j'étais assez robuste pour pouvoir sortir et profiter de l'air glacé de ton pays. Ce n'était pas facile au départ pour moi, de descendre les marches interminables qui menaient jusqu'à ce qui avait un jour été un cloître. Ma jambe avait été entaillée jusqu'à l'os, si bien qu'une fois encore, tu déployas des trésors de patience pour me réapprendre à marcher malgré la douleur qui s'estomperait au fil des années. Selon le médecin, c'était un miracle que la lame n'ait pas touché l'artère. Si tu ne m'avais pas sauvée ce matin-là, l'infection et l'hémorragie auraient eu raison de moi.



-


Je pourrais disserter des heures durant sur ma vie à tes côtés. Je pourrais parler en détail de tous ces voyages dans lesquels tu as fini par m'entraîner, de ces heures passées au théâtre, de tes leçons toujours plus strictes pour que je m'adapte à cette société guindée à laquelle tu appartenais si bien. Je n'ai jamais été en mesure de déterminer la nature exacte de la relation qui s'est développée entre nous deux, au fil des mois.

Tu devais avoir le double de mon âge, sinon plus. Selon Helge, tu ne t'étais jamais marié et tu n'avais jamais eu d'héritiers. Pourtant, et bien que tu m'ait prise sous ton aile, il n'y avait rien de paternel chez toi. Tu n'aimais pas les enfants. Lorsque tu te retrouvais confronté à eux, par de rares occasions, je voyais ton expression se renfermer et ton sourire devenir plus froid. Je pense que ces débuts d'êtres n'étaient tout simplement pas assez rafinés pour toi. Tu aimais la discipline. Être obéit, respecté. Et à défaut de cela (j'étais loin de l'être dans mon caractère. Du moins, au début), tu exigeais toujours de ton entourage une certaine retenue. Une certaine noblesse. Rien n'était plus important pour toi que la finesse, l'érudition et l'apparence.

Et c'est ainsi que s'articulait ta vie.

S'il y a quelque chose d'étrangement notable dans tes habitudes, c'est que malgré les apparences et les convenances que tu avais tant à cœur de conserver, tu maintenais ton célibat si étonnant pour cette société avec force. Parfois, je voyais des hommes et des femmes, des femmes surtout, bien habillés, parés comme les nobles des soirées et bien en tout point se présenter à la porte du manoir. Alors, tu leur souriait et les emmenait dans tes appartements privés. Je n'oserais dire quelles étaient alors tes activités sans rougir, mais il est vrai qu'Helge tentait souvent de m'éloigner et me faire cours à la bibliothèque lorsque c'était le cas. Je n'ai jamais vu l'une de tes compagnes plus d'une fois. Je ne les ai jamais croisé dans une soirée mondaine où bien au cœur de Munich. Lorsque j'y pense, je ne les voyais jamais vraiment sortir du manoir non plus...



-


Je pense que voir ton corps nu pour la première fois a ôté nombre des questions qui avaient naquient au fil des années au coin de mon esprit. Tes habits et ton visage émacié ne le cachaient qu'à peine, mais j'ai pris conscience de ta maigreur, si prononcée qu'aujourd'hui encore je me demande si tu n'as pas été un enfant rachitique. Ta peau si pâle, maladive, peut-être au fond était-elle un autre témoin de ce passé difficile dont tu ne parlais jamais. Lorsque j'ai vu ton dos, cependant, mon souffle s'est figé et je t'ai senti te tendre en effleurant les cicatrices qui le barraient. Avais-tu été battu, autrefois ? Maltraité ? Cette explication me sembla être la plus logique et rationnelle, au vue de ces cicatrices blanchâtres qui creusaient ton dos et le creux de ta cuisse.

Helge m'a confié que tu n'avais pas eu une enfance heureuse, que c'était pour cela, certainement, que ton manoir était dénué de tout souvenir familial, pour cela aussi, si je puis oser m'avancer, que tu refusais de te marier et fonder une famille à ton tour. Tu avais une sainte horreur de la religion et un mépris incroyable pour Dieu. Je me souviens de ta colère, si effrayante, ce jour où je t'avais esquissé tel l'un de ces écorchés vifs que l'on ne voit que dans les récits bibliques les plus sombres. Et ce mépris dans tes yeux rouges, ce soir où, en pleurs, je m'étais laissée allée à prier dieu pour que les cauchemars qui tourmentaient mes moindres soirées ne s'en aillent...


Tu étais ainsi. Un enfant malheureux devenu un homme tantôt froid ou chaleureux, pétri d'apparences et d'une haine viscérale pour le sacré. Un entrepreneur audacieux, un intellectuel et un professeur sévère. Un mécène dévoué, également, prêt à satisfaire mes moindres caprices pourvu que cela puisse nourrir mon art. Un amant (si je puis oser t'appeler ainsi) autoritaire, un peu étrange et pas tellement tendre. Un ami espiègle et exigeant, un confident attentif et sage. Une personne guindée et sévère dans chaque aspect de son existence, mais aux étonnants moments de tendresse et d'affection.

Tu étais détestable et aimable selon tes humeurs du moment. Malgré tout l'amour que j'éprouve à ton égard, je sais qu'il y avait quelque chose de destructeur en toi, car Helge un jour m'avait mise en garde et suppliée de prendre garde à tes côtés. Je savais que d'autres avant moi avaient fini par succomber à la contradiction que tu représentais, mais je sais que moi, j'aurais été capable de tenir encore, parce que je t'avais entrevu, et que m'arracher à la mort avait créé entre nous un lien plus fort encore que celui que tu avais pu entretenir avec d'autres.




Mais tu es mort...

Tu es mort d'une façon étrange, que ce médecin qui m'a sauvé la vie sous tes commandes n'a jamais su expliquer. Un arrêt du cœur, alors que tu n'étais pas si vieux encore, vivais sainement et n'avais jamais manifesté ce genre de faiblesse. Tu es mort et tu m'as légué tes possessions et ton héritage, du moins une grande partie, l'autre à Helge et à des artistes qui me sont inconnus mais que tu as toujours admiré.

Je n'ai jamais compris pourquoi Helge avait semblé si soulagé que tu ne sois plus là. Je crois bien que je lui ai hurlé dessus pour ne pas avoir pleuré. Pourtant, il m'a étreinte lorsque je suis partie peu après tes funérailles, me souhaitant bonne chance avec sa voix brisée depuis sa première mise en garde. Je crois que c'est la première fois que je voyais les cicatrices sur sa gorge. Jamais je ne les avait remarquées, auparavant.



Tu es mort, mais pourtant aujourd'hui il y a un morceau de toi dans chacun de mes tableaux. Je pense que c'est l'effet que tu fais à tous ceux qui te croisent. Tous ceux qui ont eu un jour l'opportunité de vivre à tes côtés en sont ressortis marqués.


Derrière l'écran

Enfaite, c'est quoi ton p'tit surnom ?   : Cela sera Edler Eberhart pour vous.

Je vois et tu as quel âge ?   : Quelle importance ?

Okay et c'est quoi ton niveau en RP ?   : J'imagine que la lecture de cette fiche devrait y répondre.

Tu aurais pas un double compte, toi ? : Ja.

Sinon, tu fais quoi dans ta vie ? : Tant de choses...

Tu as trouvé le code du règlement ?   : Validé par une certaine "Ada"

Mais au fait, comment es-tu atterris là ?   : Regard blasé à Malkovich.

Tu es en bon terme avec Bob l'Eponge ? : Non.

D'ailleurs, t'en penses quoi du forum ?   : ...

Tes derniers mots mon chou ?   : Ne regarde pas derrière toi.


Dernière édition par Éphialtès le Ven 3 Aoû 2018 - 17:13, édité 3 fois
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Message Sujet: Re: Aufwachen. — Éphialtès Mar 3 Juil 2018 - 9:21

Bienvenuuuuuue à toi !

Le choix de l'image pour cet avatar ... si je ne le connaissais pas je me laisserais surement tenter.

ça va déménager par ici, tous aux abris !

Bonne chance pour la suite de ta fiche ~







(Click Out for Blood by Valley Of Wolves ♫ Merci Nomnomuchan pour l'emoji ♥)

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Message Sujet: Re: Aufwachen. — Éphialtès Mar 3 Juil 2018 - 11:39


Merci, mon ami.
Ne vous laissez cependant pas abuser par les rumeurs, cela serait bien dommage...

...Au plaisir, liebling.
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Message Sujet: Re: Aufwachen. — Éphialtès Ven 3 Aoû 2018 - 17:15



Fiche terminée. En espérant que cela vous convienne.
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Message Sujet: Re: Aufwachen. — Éphialtès Sam 4 Aoû 2018 - 10:51

Je peux m'en occuper Lundi première heure ! O/






(Click Out for Blood by Valley Of Wolves ♫ Merci Nomnomuchan pour l'emoji ♥)

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Message Sujet: Re: Aufwachen. — Éphialtès Mar 7 Aoû 2018 - 15:41

Salut Ephi!

Après avoir lu cette fiche d'une traite hier soir (oui parce que faut pas déconner c'est mieux à lire d'un coup quand même), plusieurs choses en sont ressorties :

- Tes écrits sont à longueur demandée. Ouais ça pour ça j'avais pas trop de doute dessus;

- C'est très clair, bon pour le concis je m'en moque un peu moi plus il y en a mieux ça me va;

- Niveau correction, les deux premiers pavés sont impeccables, par contre tu as dû passer la relecture sur ton histoire y a quelques fautes sur des verbes, mais BON. C'est pas la mort non plus et puis je sais que tu en fais rarement (pas des qui piquent en tout cas);

- au niveau harmonie, pareil ça se lit bien, même si ponctuation, bon j'en mettrais peut-être un peu plus, vu que tu as l'habitude de mettre des phrases travaillées et longues mais bon... ça passe !
- Niveau variété, je n'ai pas vu de grosses répétitions, je pense quand y en a c'est un effet d'écriture exprès donc ça passe très très bien !

- Et dans le contenu, bon pour moi ça passe, t'as bien mis l'appartenance au royaume. Je pense que c'était en effet une très bonne idée de faire passer tout par la POV de Joah. Comme ça t'en dis assez sans en dire trop. C'est hyper bien dosé gg !

Bon et bien si je n'oublie rien, je pense que cette fiche sera Validée, que celui qui est contre s'y oppose ou se taise à jamais. (LEL)

Bref. N'oublie pas de recenser l'avatar, faire ta demande de logement et de rang toussa étout, et bienvenue Théo ! o/ *lance les confettis*

PS : avoue avec la longueur du message tu as eu peur. HAHAHAHA /out/


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(Click Out for Blood by Valley Of Wolves ♫ Merci Nomnomuchan pour l'emoji ♥)

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Aufwachen. — Éphialtès

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